Focus patient : inspirer de nouveaux comportements

Focus patient
PARTAGER
Facebook
Linkedin

L’unité Patient Centricity de Sanofi travaille à mettre au point des programmes innovants qui favorisent l’engagement et l’autonomisation des patients vivants avec une maladie chronique.

 

HAYDEN.BOSWORTHLe docteur Hayden Bosworth, professeur de médecine, psychiatrie et infirmerie à l’université Duke et codirecteur du Centre de recherche sur les services de soins primaires du Centre médical pour anciens combattants de Durham, aux États-Unis, est l’un des plus grands experts au monde sur le focus patient et l’application des sciences comportementales dans le domaine de la santé. Il est également professeur adjoint au département Politique et gestion de la santé à l’université de Caroline du Nord, Chapel Hill.

 

Sanofi Le Hub l’a rencontré afin de mieux comprendre comment la modification des comportements et l’autonomisation des patients peuvent améliorer l’état de santé des personnes souffrant d’un vaste éventail de maladies chroniques.

 

 

 

Pouvez-vous nous parler des sciences comportementales et nous expliquer comment la modification des comportements peut changer la vie des personnes souffrant de maladies chroniques ?

 

Les sciences comportementales sont l’analyse et l’étude systématiques du comportement humain. Dans le domaine de la santé, il s’agit de comprendre comment les comportements humains peuvent affecter l’adhésion au traitement, l’activité physique, l’alimentation ou la consommation d’alcool et de tabac, entre autres.

 

Le comportement est une composante fondamentale dans notre façon de gérer notre santé et de mener notre vie. Pour les maladies cardiovasculaires – hyperlipidémie, diabète, hypertension etc. – on estime que le comportement explique environ 80 % des accidents cardiovasculaires . En ce qui concerne les crises cardiaques et les AVC, le comportement peut expliquer jusqu’à 75 % de ces accidents. On peut voir des statistiques similaires en oncologie et dans d’autres domaines de la médecine.

 

Pour nous, le défi est de modifier ces comportements grâce à ce que nous appelons le renforcement positif-négatif, pour finalement créer de nouvelles habitudes susceptibles d’impacter positivement la capacité des patients à s’autogérer. Par exemple, tout le monde apprend dès l’enfance à se brosser les dents matin et soir. Résultat : la plupart des gens se brossent les dents, c’est une habitude, quelque chose qu’on fait sans y réfléchir. Pour l’adhésion au traitement, nous amorçons le changement afin que les patients pensent à prendre leurs médicaments de la même façon qu’ils pensent à se laver les dents.

 

 

Comment la modification des comportements facilite-t-elle l’autonomisation des patients pour les aider à mieux gérer leur maladie ?

 

Les sciences comportementales sont au cœur de l’autonomisation des patients. Nous voyons également un mouvement vers la science de la population et de la santé, qui comprend les sciences comportementales, dans un contexte plus large. Le point de départ est qu’un individu n’est pas seulement un individu, mais fait partie d’un réseau : la famille, la communauté, la politique. La science de la population et de la santé essaie d’utiliser tous ces facteurs pour influencer les comportements et autonomiser les patients en tant qu’individus.

 

En ce qui concerne l’adhésion, nous cherchons à comprendre pourquoi les individus ne prennent pas leurs médicaments, et nous appliquons des solutions pour inciter un changement positif. Dans ce processus, on ne peut pas vraiment se fier à la logique. Si une personne qui a été traitée pour un cancer du sein se voit prescrire un médicament dont l’efficacité est prouvée, pourquoi y a-t-il 50 % de chances qu’elle arrête de le prendre après 5 ans ?

 

Nous devons décortiquer le problème et avoir recours aux sciences comportementales pour comprendre cette décision d’arrêter le traitement. On peut trouver des problèmes liés à la motivation, à la confiance, aux effets secondaires, etc., que les connaissances et un soutien adaptés peuvent résoudre.

Pour l’adhésion, nous devons résoudre la question sous-jacente des risques et des bénéfices : on ne peut pas demander à quelqu’un de s’engager sur 30 ans à prendre des médicaments contre le cholestérol sans comprendre les risques et les bénéfices. Si l’on demande à quelqu’un de noter la confiance qu’il accorde à son traitement, et que la réponse est 7/10 ou moins, on sait qu’il va y avoir un problème d’adhésion. Les sciences comportementales nous permettent d’identifier ce risque et de soutenir le patient pour l’aider à suivre son traitement.

 

 

Les patients et les professionnels de santé disent souvent qu’il est difficile de rester motivé pour le traitement de maladies asymptomatiques telles que l’hypercholestérolémie ou l’hypertension. Quelles interventions peuvent favoriser la réduction des risques cardiovasculaires ?

 

Elles sont nombreuses et variées. Par exemple, nous utilisons actuellement la santé mobile pour une étude sur les maladies rénales. Les gestionnaires de cas envoient des rappels, fournissent des informations et assurent un renforcement une fois par mois, par téléphone. Nous faisons également passer le soutien téléphonique par les pharmaciens.

Il s’agit d’interventions simples qui ne requièrent pas beaucoup de ressources, seulement un téléphone et un peu de temps. Elles améliorent également l’accès aux soins de santé. Pour une personne qui a des revenus faibles, ce n’est pas facile de prendre une demi-journée pour aller chez le médecin. Si ce soutien peut être proposé par téléphone, c’est plus rapide et plus pratique pour le patient, et ce service coûte moins cher à offrir pour un infirmier ou un pharmacien que pour un médecin généraliste.

 

Aussi, il ne faut pas oublier que les comportements changent avec le temps : nous pouvons mettre en place le traitement au début, mais il faut faire le point régulièrement, et non attendre qu’un problème surgisse. Nous adoptons trop souvent une perspective de renforcement négatif : vous avez de la tension, je vais vous donner des médicaments contre l’hypertension. Mais si nous n’assurons pas un renforcement positif, à un certain moment les patients arrêtent de prendre leurs médicaments. Ils veulent être assurés d’être sur la bonne voie, et voir que nous le savons.

Cela veut dire que nous devons aussi motiver les professionnels de santé à s’engager sur le long terme à partager la responsabilité, fournir des informations, renforcer ces informations et adapter le message aux changements comportementaux des patients.

 

Nous devons aussi faire en sorte que nos systèmes de santé favorisent un mode de travail mieux intégré. Par exemple, nous devons établir un lien entre les prescripteurs et les données des pharmacies. Les médecins peuvent prescrire un médicament, mais ils ne savent pas si le patient est effectivement allé le chercher à la pharmacie. Nous avons besoin d’une meilleure visibilité sur le problème de la non adhésion, avant même qu’il ne se produise

 

 

Pourquoi les programmes personnalisés sont-ils importants, et comment les professionnels de santé peuvent-ils en mesurer l’impact sur l’adhésion au traitement et les résultats sur la santé en général ?

 

Là, nous revenons à la science de la population et de la santé. Nous examinons des mégadonnées et nous classons les gens en différentes catégories relatives à leur santé. C’est le premier niveau de cette science. Au deuxième niveau, une fois que la population est segmentée, nous devons analyser nos données et concevoir des programmes sur mesure de façon à solliciter, renforcer et changer nos informations en fonction des besoins d’un patient particulier.

 

 

Comment mettre en œuvre des interventions personnalisées pour de grandes populations ?

 

Plus nous tirerons partie des informations et ressources disponibles pour améliorer la santé publique, plus les interventions personnalisées seront rentables.

La technologie mobile est ici très utile, notamment pour récupérer diverses informations en temps réel sur les patients et, in fine, mettre en œuvre des interventions auprès d’une vaste population. Cela peut ensuite être adapté au fil du temps.

 

En ce qui concerne la question de l’adhésion au traitement, nous estimons qu’entre 100 et 250 milliards de dollars sont gaspillés chaque année aux Etats-Unis par la non-observance thérapeutique. Pour répondre à ce problème, la science de la population et de la santé est une piste intéressante, notamment via la mise en place de programmes pouvant être adaptés pour traiter efficacement les besoins spécifiques de chaque groupe de patients.

Alors que des centaines de raisons pourraient expliquer pourquoi les patients ne prennent pas leur traitement, nous savons qu’en réalité seulement 6 à 8 d’entre elles sont vraiment en cause : manque de motivation, manque de compréhension des risques/bénéfices, manque de compréhension des effets secondaires, oubli, etc.

Nous pourrions alors mettre en place des programmes nous permettant de détecter les différentes réponses possibles afin d’apporter aux patients les informations portant spécifiquement sur leurs préoccupations personnelles.  

Il s’agit souvent d’aider le patient à comprendre ce à quoi il peut s’attendre, et comment gérer les effets secondaires. C’est très simple, pourtant si on n’adapte pas les informations à l’effet secondaire spécifique que le patient ressent, ça ne sert pas à grand-chose.

 

Du point de vue du patient, la prise en charge sera alors personnalisée, mais d’un point de vue plus global, ces différents programmes mis bout à bout nous seront très utiles pour la recherche, nous permettant d’anticiper les réponses et de bénéficier du support nécessaire à la mise en place de ces réponses.  

Tout cela peut être standardisé. Il s’agit de déterminer ce que la personne sait, de trouver les lacunes et de proposer les informations adéquates pour les combler. La plateforme peut être le message de texte, l’e-mail ou la reconnaissance vocale, ce n’est pas important, du moment que c’est adapté à l’individu. 

 

Grâce à cette technologie, nous pouvons cibler les soins et allouer les ressources de façon plus efficace, là où elles sont les plus utiles. Si un patient prend ses médicaments, nous pouvons effectuer un suivi, exercer un renforcement positif et intervenir si nécessaire. Tout le monde n’a pas forcément besoin de voir son médecin au même moment et pour les mêmes raisons.

 

 

Pourquoi le personnel infirmier et les pharmaciens sont-ils si importants pour motiver les patients à amorcer et cultiver un changement de comportement ?

 

Je pourrais aussi ajouter la famille et les amis, parce que l’idée est de traiter les patients en tant que personnes dans leur globalité, pour les maladies chroniques comme pour les soins préventifs.

 

Le soutien ne doit pas nécessairement se limiter au cabinet du généraliste. Souvent, le personnel infirmier et les pharmaciens sont d’ailleurs plus qualifiés et mieux formés pour offrir ces services que les généralistes ou les spécialistes. C’est aussi plus efficace pour le système de santé en termes de coûts.

Choisissez les sujets qui vous intéressent comme
ou