La proximité territoriale : la clé d’une bonne prise en charge des patients atteints de diabète

La proximité territoriale : la clé d’une bonne prise en charge des patients atteints de diabète
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Infirmière libérale, Micheline Quesnel-Deshayes exerce en Ille-et-Vilaine où elle mène de front son activité et des projets destinés à autonomiser les patients atteints de diabète afin d’améliorer leur quotidien. Animée par la conviction que la proximité et l’échange sont les clés d’une meilleure prise en charge thérapeutique, elle est particulièrement investie au niveau local, et plus exactement en Pays de Fougères.

 

Son projet « Implication des patients bénévoles avec une infirmière libérale, dans le suivi éducatif des diabétiques » a remporté le prix Coup de pouce lors de l’édition 2012 du Care Challenge.

 

A l’occasion des 5 ans de Connecting Nurses, Sanofi Le Hub a rencontré Micheline Quesnel-Deshayes pour en savoir plus sur le contexte qui a vu naitre son projet et l’évolution de celui-ci.

 

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi et comment est né votre projet ?

 

L’idée au départ était d’avoir une nouvelle ressource sur le territoire du Pays de Fougères afin d’aider les patients diabétiques dans la gestion de leur pathologie au quotidien. La mise en place d’une ressource de proximité est un besoin essentiel pour une bonne prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques. Cela leur permet d’avoir des références locales et leur évite de faire des dizaines de kilomètres pour être suivis, ce qui est beaucoup plus engageant.

 

Aussi, il nous semblait important de travailler directement avec les patients, à partir des problématiques qu’ils avaient identifiées au cours de leurs expériences personnelles.

 

Nous avons donc créé une permanence, qui a toujours lieu. Les patients atteints de diabète qui y viennent sont fidèles et les bénévoles très investis.

 

Aujourd’hui, quelles sont les activités de votre association ?

 

Pour éveiller les consciences autour des problématiques liées au diabète, nous mettons en place des opérations « coups de poing ». Par exemple, depuis trois ans nous installons, un samedi par an, un stand dans un hall de supermarché pour rencontrer des patients et des personnes intéressées par le sujet, et évoquer avec eux des questions relatives au diabète, mais aussi à l’alimentation. Entre 40 et 50 personnes se sont arrêtées sur notre stand cette année, et ils étaient 80 l’année dernière.

 

Nous ne faisons pas de dépistage à cette occasion car cela est délicat à mettre en place sans médecins ou diabétologue pour prendre le relais en cas de découverte d’un diabète. C’est quelque chose qu’il ne faut pas prendre à la légère, on ne peut pas faire ça au coin de la rue. En revanche nos bénévoles sont en lien avec le centre hospitalier de Fougères qui organise, une fois par an, une journée de dépistage au cours de laquelle des professionnels de santé sont à l’écoute des patients et répondent à leurs questions.

 

Par ailleurs, le réseau de patients s’est développé : une patiente bénévole organise désormais sur son secteur des temps d’échanges, mais aussi des activités comme des marches en groupe. Notre association fonctionne comme une véritable chaîne, les patients bénévoles déjà en place formant les nouveaux volontaires. Ils seront ensuite représentés au forum des associations de Fougères où ils pourront se mettre à la disposition des patients pour les écouter et partager leur expérience.

 

Qu’est-ce qui a le plus évolué en quatre ans ?

 

Tout d’abord, l’état d’esprit des patients. Depuis quelques années, nous notons une prise de conscience croissante de ces derniers quant à l’intérêt et l’importance d’un réseau de patients.

 

De plus, le fonctionnement des professionnels de santé a lui aussi beaucoup évolué. Ils manifestent aujourd’hui leur besoin de travailler en réseau, de mettre en place une coordination professionnelle dans le but d’améliorer le parcours du patient tout au long de sa vie.

 

Faire du patient un acteur de sa pathologie est d’ailleurs l’objectif final de votre projet. Quel impact a votre programme sur les patients ? Comment évoluent-ils dans leur vie, dans leur autonomie ?

 

La mise en réseau des patients bénévoles leur a permis de devenir des ambassadeurs, notamment auprès de leurs proches, de leurs familles, mais aussi de leurs collègues. Ils ont vraiment à cœur d’éveiller les consciences au sujet du diabète, pour qu’il soit mieux connu et reconnu. Pour cela ils mettent en place de nombreux événements. Il faut savoir que l’autonomie d’un patient, qu’il soit atteint de diabète ou d’une autre maladie chronique, est une démarche profondément intime. Contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent encore aujourd’hui, cela ne relève pas que des compétences des professionnels de santé, c’est avant tout un cheminement intérieur et propre au patient. C’est une question de motivation, une prise de conscience par étape qui répond à la question : quel sens le traitement va-t-il donner à ma vie ?

 

Le rôle du professionnel de santé est cependant très important dans cette prise de conscience pouvant mener au changement de comportement. C’est pourquoi les programmes ETP (Education Thérapeutique du Patient) que je mets en place sont si importants. Par exemple, une formation particulière et adaptée aux médecins est nécessaire. Il faut qu’ils puissent se retrouver, échanger et discuter des situations d’échecs rencontrées. Il faut que cela vienne d’eux et qu’ils construisent leurs propres outils sans oublier l’importance du cheminement personnel du patient.

 

D’un point de vue plus personnel, qu’est-ce que Connecting Nurses, et plus particulièrement le Care Challenge, a changé dans votre vie ?

 

Le Care Challenge a été pour moi un véritable déclic. Je me suis rendue compte que j’étais capable de faire quelque chose d’impactant, de mobiliser les professionnels de santé autour de projets communs et innovants. A la suite de rencontres, notamment avec des personnes investies sur des problématiques liées au diabète, j’ai eu une sorte de révélation sur le fait que quelque chose était en train de se passer sur notre territoire et que c’était le moment d’y aller.

 

Connecting Nurses

 

Nous avons alors mis en place des temps d’échanges et de réflexions sur nos pratiques professionnelles en ETP, ce qui a donné naissance à une association réunissant des professionnels de santé libéraux et hospitaliers, issus des secteurs sanitaires et médico-sociaux : « Soigner ensemble en Pays de Fougères ».

 

Aujourd’hui, envisagez-vous de représenter un nouveau projet à Care Challenge ?

 

Pourquoi pas… Maintenant que l’association « Soigner ensemble en Pays de Fougère » est en phase de réalisation, nous nous concentrons sur la mise en place d’un nouveau projet, à savoir une plateforme d’appui répondant aux besoins des patients et des professionnels de santé : « Appui santé du pays de fougère ».

 

Après avoir enregistré pour notre association 115 adhésions la première année, en 2014, et 140 la deuxième, nous avons très rapidement proposé à l’Agence Régionale de Santé (ARS) ce nouveau projet de plateforme d’appui visant à soutenir les professionnels dans la gestion de situations complexes de patients.

 

Même si cette association et la plateforme qui en découle s’adressent en premier lieu aux professionnels de santé, elles sont, à terme, bénéfiques aux patients : pour qu’ils soient plus autonomes et mieux pris en charge, il est primordial que les professionnels de santé qui les entourent communiquent entre eux, qu’il y ait plus d’échanges et de partage. Certaines hospitalisations peuvent alors être évitées et l’entrée en institutions retardées, selon le souhait des patients de rester chez eux le plus longtemps possible. Ainsi, les besoins et priorités de ces derniers sont mieux pris en compte.

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