Un outil pour aider les patients à mieux prendre en charge leur santé

La Mesure d'Activation du Patient, un outil pour aider les patients à mieux prendre leur santé en charge
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Judith HibbardJudith Hibbard est enseignante-chercheuse au sein du Groupe de recherche en politique de santé de l’Université de l’Oregon. Ses recherches sont fondées sur les sciences comportementales et ont pour but d’aider les patients à mieux prendre en main leur santé et leurs soins de santé.

Elle a dirigé la mise au point d’un outil innovant qui aide à mesurer le degré de participation des patients dans la gestion de leur santé : la Mesure d’Activation du Patient (MAP).

Nous avons rencontré Judith et discuté de son travail, de l’activation des patients dans le domaine des soins de santé et du rôle que les sciences comportementales peuvent jouer dans l’amélioration de la situation des patients.

 

 

Pouvez-vous nous parler de votre travail dans le domaine des sciences comportementales, et expliquer comment vous essayez d’aider les personnes atteintes de pathologies chroniques à mieux maîtriser leur santé ?

 

J’ai commencé à m’intéresser à l’activation des patients lorsque je me suis rendu compte que certaines personnes sont très actives quant à la prise en charge de leur santé, alors que d’autres sont au contraire très passives. Pourquoi ? D’où vient cette différence ?

Si l’on pouvait mesurer le niveau d’activation d’une personne, on pourrait sans doute comprendre comment l’aider au mieux. On pourrait aller à la rencontre des patients là où ils se trouvent, et les aider à avancer.

 

 

Ces idées sont à l’origine de la Mesure d’Activation du Patient (MAP). Pouvez-vous nous en dire plus, et expliquer comment la MAP peut contribuer à améliorer la situation des patients ?

 

Avant d’essayer de mesurer un concept, il faut en avoir une définition très claire. Notre définition était la suivante : les patients activés sont des individus qui possèdent les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires pour prendre en charge leur santé et leurs soins. Nous avons alors mis au point un dispositif qui possède d’excellentes propriétés de mesure, sur une échelle de 0 à 100.

La solidité de ce dispositif nous donne de nouvelles opportunités pour mieux comprendre les patients qui se trouvent à différents niveaux dans la dimension passif-actif. Nous avons beaucoup appris sur la perception qu’ils ont de leur situation, et sur leur façon d’y faire face. Cela nous a révélé de nombreuses pistes pour aider ces patients à avancer.

Des centaines d’études ont déjà été réalisées à l’aide de la MAP, et nous savons désormais que l’activation des patients a un lien avec la plupart des comportements associés à la santé, et une grande part des résultats obtenus en matière de santé.

 

Par ailleurs, nous avons observé que le score MAP est un indicateur capable de prédire les comportements préventifs, comme le dépistage et la vaccination, les comportements sains, comme bien manger et faire de l’exercice, et les comportements de prise en charge, comme le suivi et l’adhésion au traitement. Il ne concerne pas une certaine maladie ou un certain type de comportement en particulier.

Cette mesure est aujourd’hui utilisée dans le monde entier – le dispositif a été traduit en 27 langues, et nous constatons qu’il fonctionne au-delà des langues et des cultures.

 

 

Pouvez-vous nous expliquer comment la MAP mesure l’activation et les progrès en termes de modifications du comportement ?

 

Nous mesurons l’activation des patients sur une échelle de 0 à 100 à l’aide d’un questionnaire de 10 ou 13 questions.

En général il y a une mesure de départ, puis une mesure de suivi. L’évolution du score MAP indique s’il y a eu un progrès. La fréquence des mesures dépend de l’intensité de la relation de travail entre le prestataire de santé et les patients. La plupart des prestataires prennent une mesure tous les 3 à 6 mois, mais au moins une fois par an.

Le patient peut se mesurer lui-même, et peut répondre au questionnaire sur Internet ou par téléphone… il y a plusieurs modes d’administration.

 

 

Que pouvez-vous nous dire sur les études qui sont sorties sur le développement et l’analyse de la MAP ?

 

L’une des surprises est que l’activation n’a qu’un lien très faible avec l’âge, le niveau d’éducation, les revenus ou le sexe. C’est un fait vraiment important parce que l’on suppose souvent que si une personne est défavorisée, elle sera moins activée, mais ce n’est pas vrai. Cela indique que l’on ne peut pas préjuger de la façon dont les gens prennent en charge leur santé simplement sur la base de leurs données démographiques.

 

Nous avons également observé que lorsque l’activation évolue, c’est tout un ensemble de comportements qui se modifie. Jusqu’à présent nous pensions que la modification du comportement ne portait que sur un comportement à la fois. Cela a des conséquences importantes, parce que cela suggère qu’un soutien efficace de l’activation peut se traduire par un ensemble de comportements positifs en matière de santé.

Les patients les moins activés progressent sur l’échelle de score et s’activent lorsqu’ils sont soutenus de façon adéquate. C’est une bonne raison d’être optimiste, car une grande part des systèmes de prestation disent « Oh ils ne vont pas changer, alors nous n’allons pas faire d’efforts pour ces patients » et c’est la mauvaise approche.

 

 

Comment les professionnels de santé peuvent-ils utiliser la MAP pour soutenir les patients ?

 

Nous avons beaucoup appris sur les personnes qui obtiennent un faible score sur l’échelle d’activation. Elles sont souvent dépassées par la tâche que représente la prise en charge de leur santé. Elles manquent de confiance, pensent souvent que leur rôle dans le processus de soins est passif, et ont souvent du mal à résoudre les problèmes. Ces informations sont importantes. Pour les patients qui ne sont pas activés, l’objectif clé est de les aider à prendre de l’assurance.

Nous savons aussi que les patients les moins activés ont tendance à avoir connu plus d’échecs, et c’est pourquoi il faut commencer avec une modification de comportement relativement facile, petit-à-petit, afin qu’ils puissent avoir l’expérience d’un succès. Nous avons observé une augmentation de la motivation et de l’activation après un succès. Ces petits pas ne sont pas forcément significatifs sur le plan clinique, mais ils accroissent la motivation pour passer au défi suivant.

 

Les professionnels de la santé utilisent la MAP pour adapter leur façon de guider, soutenir et communiquer avec les patients. La MAP leur permet de situer le patient sur l’échelle d’activation. Ensuite, ils décomposent les changements nécessaires en petits pas pour les patients les moins activés, fournissent des encouragements et aident à franchir les obstacles.

Chaque fois que l’on peut faciliter un comportement positif (par exemple faire de l’exercice ou prendre des médicaments) en faisant tomber un obstacle ou en aidant le patient à dépasser cet obstacle, le patient gagne en autonomie et cela peut améliorer sa situation.

 

Certains systèmes de prestation segmentent aussi leurs populations en fonction de leurs scores sur l’échelle MAP, et d’un score médical, afin d’élaborer des programmes sur mesure pour les différents segments. Les patients qui ont une maladie lourde et un score MAP faible recevront ainsi un soutien plus actif et renforcé, tandis que les patients qui ont une maladie plus légère et un degré élevé d’activation pourront recevoir un soutien par Internet, par exemple. Il s’agit donc d’une démarche de gestion de la population et de la santé et d’un moyen efficace d’utiliser les ressources.

 

 

Comment les professionnels de la santé font-ils augmenter les scores MAP ?

 

Les professionnels de la santé qui obtiennent les meilleurs résultats de l’utilisation de la MAP sont ceux qui adaptent sur mesure leurs activités d’accompagnement et de soutien. Ils passent plus de temps avec les patients les moins activés, en ayant recours par exemple à un assistant médical pour offrir un soutien supplémentaire.

Souvent, ils expliquent leur rôle clairement : ils disent « Je serai à vos côtés à tout moment mais c’est à vous d’agir. » C’est important pour les patients moins activés, qui ont souvent une idée erronée de leur rôle dans le processus de soin.

 

Ils utilisent aussi le score d’activation de façon proactive. Par exemple, un programme destiné aux femmes prévoit que si une femme qui a un score d’activation faible devrait passer une mammographie mais vient en consultation pour quelque chose d’autre, on lui fera une mammographie le même jour. On tient compte du fait qu’elle a une activation faible et pourrait ne pas revenir un autre jour pour la mammographie. En revanche, une patiente dont le score d’activation est élevé pourra simplement prendre rendez-vous un autre jour pour la mammographie.

L’idée est de s’adapter aux patients en fonction de leur situation et de leur score MAP afin d’obtenir de meilleurs résultats.

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